La CGT de tous les combats auprès des travailleurs et travailleuses étranger·ères
L’engagement de la CGT auprès des travailleurs et travailleuses étranger·ères n’est pas nouveau. L’histoire sociale, tout comme celle de la CGT, sont intimement liées aux luttes des travailleurs et travailleuses étranger·ères.
Sur le terrain des entreprises d’abord, où depuis plus de 30 ans la CGT porte l’ancrage « des « travailleurs sans-papiers » dans le travail, contre leur utilisation comme variable d’ajustement par le patronat. Les luttes menées depuis 2006, ont par exemple permis de sécuriser plus de 36 000 travailleurs et travailleuses étrangers par an avec, par exemple l’obtention d’un titre de séjour.
Mais aussi sur le terrain des idées, où la CGT est engagée pour déconstruire les idées reçues qu’il s’agisse de la prétendue « vague submersive », ou de l’idée selon laquelle les personnes migrant·es, immigré·es, exilé·es, réfugié·es viendraient « piller » nos systèmes de solidarité et constitueraient un poids pour notre société.
Cependant, l’empilement de lois successives, désormais réunies au sein du CESEDA (Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile), ainsi que la multiplication de circulaires de plus en plus restrictives en matière de droit du travail, de séjour et de protection sociale, fragilisent les acquis obtenus à l’issue des luttes pour la régularisation.
Durcissement du cadre juridique et administratif
Ce durcissement du cadre juridique et administratif se répercute directement sur l’accès aux renouvellements et aux régularisations, aujourd’hui fortement dégradé. Les renouvellements fluides et systématiques des titres de séjour, notamment pour les résident·es, sont remis en cause. La dématérialisation des procédures, combinée aux sous-effectifs chroniques dans les préfectures, aggravent ces difficultés.
Depuis la loi immigration, les circulaires Retailleau, combinées aux effets des politiques d’austérité dans les services publics, et notamment dans les préfectures, fragilisent l’ensemble des personnes étrangères, soit près de 4 millions de travailleurs et travailleuses. Ils et elles travaillent très majoritairement comme ouvrier·ères et employé·es souvent sans qualification reconnue à l’embauche, dans des secteurs dont l’activité ne peut se faire qu’en France : construction, nettoyage, restauration, traitements des déchets, aide à la personne, intérim, etc.
La conférence CGT du 15 janvier 2026 s’inscrit pleinement dans ce contexte. À partir de l’analyse des luttes et des combats menés avec la CGT par ces travailleurs et travailleuses étranger·ères, et notamment celles et ceux que l’on désigne comme travailleur·euses sans papier, il s’agit de réfléchir au redimensionnement de notre action syndicale, afin d’opposer la solidarité de classe et l’égalité des droits à celles et ceux qui cherchent à diviser et opposer les travailleur·euses, notamment à travers des discours xénophobes, voire racistes.
Lire les témoignages ⤵️
Je m’appelle Christiane Ngassam Pamen, j’ai 37 ans.
Mon témoignage est celui d’une travailleuse, mais aussi d’un combat collectif.
Je suis arrivée en France en septembre 2021, après avoir vécu en Belgique. Là-bas, j’ai suivi et réussi un cursus en design d’intérieur.
Cependant, en raison du calendrier tardif des examens pour les étudiants étrangers, je n’ai pas pu renouveler mon titre de séjour à temps, malgré l’obtention de mon diplôme. Cette situation m’a conduite à rejoindre la France. Mon arrivée ici a été marquée par de grandes difficultés à trouver un emploi dans mon domaine. C’est finalement grâce à une amie d’enfance que j’ai été mise en relation avec mon employeur actuel. Depuis, je travaille dans la garde d’enfants, l’accompagnement scolaire et l’aide aux devoirs.
Pendant longtemps, travailler sans titre de séjour a été une source d’angoisse et d’instabilité permanente. Un tournant décisif s’est produit lorsque mon frère m’a fait connaître la CGT. J’y ai découvert bien plus qu’un syndicat : un véritable espace de solidarité, de soutien et de lutte collective, notamment pour les travailleurs et travailleuses sans papiers.
C’est là que j’ai rencontré Philippe, qui m’a encouragée et m’a appris à prendre la parole en public, à porter ma voix et à revendiquer mes droits. Grâce à cet accompagnement, j’ai pris conscience que j’avais, moi aussi, le droit de m’exprimer et d’exiger ce qui me revenait de droit. Cette prise de parole et ce combat ont fini par porter leurs fruits : avec le dépôt CGT de juin 2025, j’ai enfin obtenu ma régularisation.
Ce fut une immense joie et une victoire personnelle et collective. Aujourd’hui, aux côtés de la CGT, je continue le combat pour que d’autres camarades obtiennent, à leur tour, leurs papiers et la dignité qui va avec.”
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Je m’appelle Lassana Baradji
Je suis délégué des 20 grévistes sans papiers de la société LA ROLSE NETTOYAGE. Je suis informaticien et j’ai travaillé plusieurs années dans le domaine informatique. Je suis arrivé en France à la fin de l’année 2019. Étant sans papier, j’ai travaillé dans plusieurs secteurs difficiles : la restauration, la manutention, le bâtiment et enfin l’hôtellerie avec LA ROLSE NETTOYAGE.
C’est ainsi que j’ai commencé à travailler comme valet de chambre dans des conditions que vous connaissez bien : travail pénible, horaires difficiles, peu de reconnaissance, et surtout la peur permanente liée à l’absence de papiers.
La grève du 17 octobre 2023
Pour ma part, j’avais peu de présence en France et assez peu d’ancienneté à LA ROLSE, je n’étais pas dans la circulaire Valls. La CGT m’a dit : “en dossier individuel, on fera pas, tu ne passeras pas, en grève dans l’entreprise avec un gros mouvement en Ile de France, si on peut le faire, ça passera”. Et ils m’ont intégré dans la préparation en cours. Et ils m’ont précisé : ‘D’abord on prépare, ensuite on verra où on en est et si on est en situation favorable pour la faire ou pas la faire”. Ça m’a mis en confiance, et j’ai accepté d’être le délégué de cette grève.
Nous l’avons préparé pendant un an, avec l’union départementale 94, fait les dossiers, vérifié, re-vérifié, précisé ce qu’est un gréviste, les conditions du droit de grève, fait des répétitions pour faire face aux rencontres des journalistes, des policiers, des provocateurs, cotisé à la caisse de grève pendant un an, fait les équipes pour tenir le futur piquet, prévenir nos familles pour qu’elles acceptent aussi le sacrifice…
Le 17 octobre 2023, avec 20 travailleurs sans papiers de LA ROLSE – nous sommes 170 dans le 94 et 550 en Ile de France – nous faisons une occupation commune avec les grévistes de Derichourg Propreté.
Nous avons décidé de dire stop. Stop à la surexploitation. Stop à l’invisibilité. Stop à notre peur.
Avec l’organisation de la CGT, nous avons entamé une occupation courageuse, puis beaucoup d’interventions dans la rue, dans le froid, mais avec une grande dignité et une grande solidarité. Grâce au travail acharné de la CGT, les sociétés et le ministère de l’Intérieur ont fini par accepter notre régularisation, en dehors des critères Valls.
Aujourd’hui, tous les grévistes ont été régularisés en 2024 et surtout renouvelés en 2025. Cette victoire, ce n’est pas une faveur : c’est le résultat d’un rapport de force collectif, d’une préparation minutieuse, rigoureuse, c’est une victoire syndicale, c’est une victoire de la CGT.
La CGT ne nous a pas seulement aidés à obtenir des papiers. Elle nous a redonné une dignité, une voix, et un avenir. Au nom des grévistes de LA ROLSE NETTOYAGE, je remercie profondément la CGT, ses militants, et tous ceux qui nous ont soutenus.
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La CGT doit réajuster son approche à l’égard des travailleur·euses étranger·es, afin d’être en capacité de gagner de nouveaux droits tout en consolidant les acquis existants, et contribuer à écrire un autre récit sur l’immigration, à l’opposé des discours dominants.
Les droits des uns sont indissociables des droits des autres : le combat pour la régularisation et pour la pérennité des titres de séjour est un combat au cœur de la lutte des classes. C’est un combat pour l’égalité des droits de l’ensemble des travailleurs et travailleuses.
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