Existe-t-il une température maximale au-delà de laquelle il est interdit de travailler ?

Non
Le Code du travail ne fixe pas de température maximale au-delà de laquelle le travail serait automatiquement interdit. En revanche, l’employeur a l’obligation de protéger la santé et la sécurité des salarié·es (art. L. 4121 et suivants du Code du travail). Dès lors que la chaleur présente un risque pour leur santé, il doit adapter l’organisation du travail et mettre en œuvre toutes les mesures de prévention nécessaires.

🇪🇺 D’autres pays vont plus loin :

  • Belgique : des températures maximales sont fixées selon l’intensité du travail (de 18 à 29 °C selon la pénibilité) ;
  • Slovénie : la température des locaux de travail ne doit pas dépasser 28 °C ;
  • Lettonie : la température maximale pour le travail en intérieur est de 28 °C ;
  • Hongrie : des seuils sont également prévus selon le type d’activité (27 à 31 °C) ;
  • Espagne : la réglementation fixe des températures de référence pour les locaux de travail (17 à 27 °C dans les bureaux et 14 à 25 °C pour les activités physiques légères) et, depuis 2023, impose d’adapter ou de suspendre certains travaux extérieurs lors des épisodes de chaleur extrême lorsque la sécurité des travailleur·ses ne peut plus être garantie.
Mon employeur peut-il me demander de continuer à travailler « comme d’habitude » malgré la chaleur ?

Non. Lorsque les fortes chaleurs mettent en danger la santé des salarié·es, l’employeur ne peut pas se contenter de poursuivre l’activité comme si de rien n’était. Depuis le décret du 27 mai 2025, l’employeur a l’obligation de prendre les mesures suivantes :

  • mettre de l’eau fraîche et potable à disposition (obligation légale, art. R. 4225-2 du Code du travail, au moins 3 litres par jour par personne sur un chantier BTP) ;
  • aménager les postes de travail et l’organisation du travail : rotation, réduction de la cadence, pauses supplémentaires, horaires ;
  • installer une ventilation ou climatisation adaptée dans les locaux fermés (art. R. 4213-7 du Code du travail) ;
  • reporter ou aménager les tâches pénibles aux heures les plus chaudes.

C’est gagné : Chez Becker Industrie, un accord prévoit le déclenchement de mesures dès 30 °C dans les ateliers : adaptation des horaires, pauses supplémentaires et suivi des températures. Chez O-I France, un « relais chaleur » coordonne les mesures de prévention et les rotations sur les postes les plus exposés.

✊ Au-delà des obligations légales, la CGT demande que chaque entreprise négocie un véritable plan « fortes chaleurs », élaboré avec les représentant·es du personnel, afin d’anticiper les épisodes de canicule plutôt que d’agir dans l’urgence.

Mon employeur doit-il me fournir de l’eau et me proposer un lieu de récupération pour me protéger de la chaleur et de ses effets ?

Oui. 

🚰L’employeur doit mettre gratuitement à la disposition des salarié·es de l’eau potable fraîche en quantité suffisante, facilement accessible à proximité des postes de travail.

💨Il doit également prévoir des moyens permettant de se protéger de la chaleur : espaces ombragés ou rafraîchis, locaux de repos, ventilation, brumisateurs ou autres dispositifs adaptés.

🏗️ Sur les chantiers et pour les travaux en extérieur, des obligations spécifiques existent, notamment en matière d’approvisionnement en eau et d’aménagement d’espaces permettant aux salarié·es de se mettre à l’abri du soleil ou de la chaleur.

⏱️Dans toutes les entreprises, les salarié·es  doivent pouvoir disposer d’un lieu frais pour récupérer, avec des pauses adaptées lorsque les températures deviennent dangereuses. Boire de l’eau est indispensable, mais cela ne suffit pas. L’employeur doit aussi adapter l’organisation du travail pour limiter l’exposition à la chaleur.

Mes horaires de travail peuvent-ils être modifiés en cas de canicule ?

Oui.

Lorsque les températures deviennent dangereuses, l’employeur doit adapter l’organisation du travail pour limiter l’exposition des salarié·es à la chaleur. 

Cela peut passer par une modification des horaires : prise de poste plus tôt le matin, décalage de certaines activités aux heures les plus fraîches, interruption du travail aux heures les plus chaudes ou réorganisation de la journée de travail. Ces adaptations doivent être mises en œuvre lorsque les conditions de travail l’exigent, en concertation avec les représentant·es du personnel lorsqu’elles et ils existent.

Dans plusieurs entreprises, des accords prévoient déjà des mesures concrètes obtenues grâce à la négociation collective. 

Ai-je droit à des pauses supplémentaires ?

Oui. Les fortes chaleurs augmentent les risques pour la santé, aussi l’employeur doit adapter l’organisation du travail. Cela peut passer par des pauses plus fréquentes ou plus longues, dans un lieu ombragé ou rafraîchi, afin de limiter la durée d’exposition à la chaleur et permettre aux salarié·es de récupérer.

Attention :

  • la fréquence et la durée des pauses doivent être adaptées à la température, à l’intensité du travail, aux équipements portés et à l’état de santé des salarié·es ;
  • les pauses ne doivent pas conduire à augmenter les cadences ou à prolonger la journée de travail pour « rattraper » le temps perdu.

C’est déjà gagné ! Dans plusieurs entreprises, des accords prévoient déjà des temps de récupération renforcés :

  • Becker Industrie : pauses supplémentaires déclenchées selon la température relevée dans les ateliers ;
  • Master Industrie : allongement des temps de pause et adaptation des cadences pendant les épisodes de fortes chaleurs ;
  • O-I France : limitation du temps passé sur les postes les plus exposés grâce à des rotations entre salarié·es et des périodes de récupération dans des locaux rafraîchis ;
  • Liberty Aluminium Poitou : renforcement des temps de récupération et surveillance particulière des salarié·es exposé·es aux fortes chaleurs.

Ces mesures montrent qu’il est possible d’aller au-delà des obligations minimales lorsque les salarié·es se mobilisent et que des accords sont négociés.

Puis-je refuser de travailler s’il fait trop chaud ?

Oui, dans certaines situations.

Si vous avez un motif raisonnable de penser que votre situation de travail présente un danger grave et imminent pour votre santé ou votre vie, vous pouvez exercer votre droit de retrait (art. L. 4131-1 du Code du travail).

La chaleur peut constituer un tel danger, notamment si :

  •  vous travaillez en extérieur ou dans des locaux mal ventilés ;
  • vous effectuez un travail physique ou portez des équipements qui augmentent la chaleur ;
  • votre employeur n’a pas mis en place les mesures de prévention nécessaires (eau, pauses, adaptation des horaires, ventilation…) ;
  • vous présentez une vulnérabilité particulière (grossesse, état de santé…).

Quelques repères pour évaluer la situation

Il n’existe pas de température légale à partir de laquelle le droit de retrait s’applique automatiquement. Chaque situation s’apprécie au cas par cas. Mais vous avez deux points d’appui pour évaluer les risques :

  • l’INRS retient des températures permettant d’évaluer le risque. Si elles ne constituent pas des seuils réglementaires, elles restent des références reconnues :
    • à partir de 28 °C pour un travail physique,
    • à partir de 30 °C pour un travail sédentaire.
  • les niveaux de vigilance de Météo-France constituent désormais un élément important d’appréciation :
    • une vigilance orange ou rouge renforce l’existence d’un danger lié à la chaleur,
    • une vigilance jaune peut également justifier un droit de retrait, selon les conditions de travail (activité physique, travail en extérieur, locaux surchauffés…).
Que faire pour exercer son droit de retrait ?

Attention, le retrait n’est pas une décision unilatérale silencieuse. Le Code du travail impose une obligation d’information immédiate de l’employeur ou du/de la supérieur·e hiérarchique (art. L. 4131-1, al. 2).

Justifier votre démarche de droit de retrait :

  • informer par écrit (mail, SMS, message sur un registre…) votre employeur ou votre responsable en indiquant les motifs précis de votre décision et les références à l’article du code du travail (température mesurée, absence de ventilation, symptômes…)  et avec copie à la CGT locale et à la DREETS.
  • alerter un·e représentant·e du personnel ou votre syndicat CGT ;
  • consigner tous les éléments factuels permettant de décrire la situation (nature du poste, température relevée, heure, photos, témoignages, éventuels symptômes).

Vous ne pouvez pas être sanctionné·e :

  • si vous avez exercé votre droit de retrait de bonne foi, parce que vous aviez un motif raisonnable de penser que votre santé ou votre vie étaient en danger :
    •  vous ne pouvez subir aucune retenue sur salaire,
    • vous ne pouvez pas être sanctionné·e ou licencié·e en raison de l’exercice de ce droit.
Suis-je plus protégé·e si je suis un·e travailleur·se plus exposé·e aux risques liés aux fortes chaleurs ?

Oui. Les fortes chaleurs peuvent avoir des conséquences plus graves pour certain·es travailleur·ses. C’est notamment le cas :

  • des femmes enceintes ;
  • des personnes souffrant d’une maladie chronique (maladies cardiovasculaires, respiratoires, diabète, insuffisance rénale…) ;
  • des salarié·es suivant certains traitements médicamenteux ;
  • des travailleur·ses âgé·es ;
  • des personnes particulièrement exposées en raison de leur activité ou des équipements qu’elles portent.

L’employeur doit tenir compte de ces situations dans son évaluation des risques et adapter, si nécessaire, les conditions de travail. Certains accords d’entreprises prévoient déjà des mesures adaptées (suivi renforcé des salarié·es les plus exposé·es et plus fragiles, pauses supplémentaires… ).

Si vous pensez que votre état de santé nécessite des mesures particulières, vous pouvez solliciter la médecine du travail, qui pourra proposer un aménagement de votre poste, de vos horaires ou de vos conditions de travail. Aucune information médicale ne peut être communiquée à votre employeur sans votre accord.

Voir aussi « Que faire pour exercer son droit de retrait ? »

Que faire si mon employeur ne respecte pas ses obligations ?

N’attendez pas, si les mesures de prévention sont inexistantes ou insuffisantes, vous pouvez engager plusieurs démarches :

  • signalez immédiatement la situation à votre responsable ou à votre employeur ;
  • échangez avec vos collègues afin de faire remonter collectivement les difficultés rencontrées ;
  • contactez les représentant·es du personnel ou votre syndicat CGT ;
  • demandez l’intervention du CSE ou de la CSSCT lorsqu’ils existent ;

Si la situation présente un danger grave et imminent, le droit de retrait peut être exercé dans les conditions prévues par le Code du travail (renvoyer à droit de retrait). En cas de manquement persistant, l’inspection du travail peut également être saisie.

Plus une situation est signalée rapidement, plus il est possible d’obtenir des mesures de protection avant qu’un accident ou un malaise ne survienne. C’est souvent grâce aux signalements des salarié·es et à l’intervention de votre syndicat que des mesures concrètes sont obtenues : adaptation des horaires, pauses supplémentaires, eau fraîche, locaux rafraîchis ou encore négociation d’accords spécifiques.

Qui peut m’aider si mon employeur ne prend pas les mesures nécessaires ?

Ne restez pas seul·e. Si vous estimez que les fortes chaleurs mettent votre santé en danger, vous pouvez vous adresser à vos représentant·es du personnel ou à votre syndicat CGT. Elles et ils peuvent :

  • alerter immédiatement l’employeur sur les situations dangereuses ;
  • exiger la mise en œuvre de mesures de protection (adaptation des horaires, pauses supplémentaires, eau fraîche, espaces rafraîchis, réduction de la charge de travail…) ;
  • exercer un droit d’alerte en cas de danger grave et imminent ;
  • accompagner les salarié·es dans l’exercice de leurs droits, notamment du droit de retrait lorsque les conditions sont réunies ;
  • saisir l’inspection du travail si l’employeur ne prend pas les mesures nécessaires.
Après la canicule… comment éviter que cela se reproduise ?

Les fortes chaleurs ne sont plus des événements exceptionnels. La prévention ne doit pas se limiter à gérer l’urgence. La CGT demande l’intégration des changements climatiques dans la prévention des risques professionnels.

Concrètement, dans les entreprises, les représentant·es du personnel peuvent demander :

  • la mise à jour du document unique d’évaluation des risques (Duerp) pour intégrer le risque chaleur ;
  • l’inscription de ce sujet à l’ordre du jour du CSE ;
  • l’ouverture d’une négociation sur un plan « fortes chaleurs » ou un accord d’entreprise ;
  • la définition de mesures pérennes : horaires adaptés, organisation du travail, équipements, espaces rafraîchis, critères de déclenchement des mesures, information des salarié·es ;
  • un retour d’expérience après chaque épisode de canicule afin d’améliorer les dispositifs existants.