Si depuis le décret du 27 mai 2025, les employeurs sont tenus de prendre des mesures spécifiques lors des épisodes de chaleur intense, sur le terrain, les remontées des syndicats montrent que ces obligations restent trop souvent insuffisamment appliquées. 

Dans de nombreuses entreprises, les salarié·es continuent de travailler dans des températures incompatibles avec la préservation de leur santé. Face à cette situation, les organisations de la CGT multiplient les interventions, interpellent les employeurs et obtiennent parfois des mobilisations sur les lieux de travail. 

Dans le bâtiment, « aucun chantier ne vaut une vie humaine »

Le décret sur le travail par fortes chaleurs constitue une première avancée, mais reste insuffisante au regard de l’intensification des vagues de chaleur.  Cette semaine, la fédération a relevé de très nombreuses situations de mise en danger de salariés dans les entreprises à cause des chaleurs extrêmes. 

À Issoire (63), par exemple, des ouvriers témoignent de malaises et de vertiges malgré des horaires aménagés, illustrant les limites des seules adaptations d’organisation face à des températures extrêmes. Sur le chantier du Grand Paris Express, à Nanterre (92), un terrassier est décédé après avoir été victime d’un malaise sur son lieu de travail. 

Dans ce contexte, la fédération de la construction revendique désormais un véritable statut du risque chaleur, avec l’arrêt des activités les plus exposées, des garanties de rémunération, le respect du droit de retrait et une politique de prévention à la hauteur d’un risque professionnel devenu durable.

Industrie : négocier enfin le risque chaleur

Dans les industries du verre et de la céramique, la CGT réclame l’ouverture d’une négociation de branche spécifique pour garantir partout des droits minimaux face aux fortes chaleurs, avec des moyens de prévention, un véritable pouvoir d’intervention des représentants du personnel et des garanties communes à tous les salariés, quel que soit leur statut.

À l’usine Stellantis de Mulhouse, la CGT a déposé un préavis de grève pour dénoncer des températures atteignant jusqu’à 40 °C dans certains ateliers et réclamer notamment une réduction des cadences, davantage de pauses et des investissements dans les équipements de protection.

Chez Fleury Michon, la CGT demande un accord d’entreprise prévoyant notamment davantage de pauses, une baisse des cadences et la fixation d’une température maximale au-delà de laquelle le travail doit être interrompu.

À Châteaubriant, dans l’usine Kuhn, les syndicats CGT et CFDT ont même lancé un « débrayage climatique » pour obtenir des adaptations des conditions de travail face aux postes de forge et de soudure particulièrement exposés.

Culture : quand la chaleur menace aussi l’emploi et les revenus

Dans le secteur de la Culture, la CGT appelle les personnels à saisir les formations spécialisées en santé, sécurité et conditions de travail (F3SCT) afin de faire remonter toutes les situations dangereuses : sites sans ombrage, bureaux surchauffés, absence de points d’eau ou de climatisation. Elle réclame des mesures immédiates, comme la réduction du temps de travail ou la fermeture temporaire des sites lorsque les conditions l’imposent.

La CGT des Musées nationaux dénonce quant à elle des « consignes à géométrie variable » face aux épisodes de canicule et rappelle que les agent·es doivent pouvoir travailler en sécurité ou ne pas travailler lorsque cette sécurité n’est plus garantie. 

Dans le spectacle vivant, la CGT alerte également sur les conséquences des annulations liées aux fortes chaleurs, qui privent de rémunération de nombreux artistes, technicien·nes et salarié·es précaires, et demande que leur protection sanitaire ne se traduise pas par une perte de revenus.

Dans l’Éducation nationale, les fortes chaleurs mettent en évidence l’inadaptation de nombreux établissements scolaires. 

La CGT Éduc’action , dans un communiqué intersyndical  dénonce des salles de classe où les températures dépassent largement les seuils supportables, des personnels contraints d’assurer les cours ou la surveillance des examens dans des conditions dégradées, ainsi que des risques pour la santé des élèves comme des agent·es. 

Les syndicats réclament des mesures d’urgence lors des épisodes de canicule, mais aussi un plan d’investissement pour adapter durablement les bâtiments scolaires au réchauffement climatique, afin que ces situations ne se reproduisent plus.

Dans les établissements de santé, les alertes se multiplient. 

À l’hôpital Lyon Sud et au centre hospitalier du Mans, la CGT a déposé un signalement pour danger grave et imminent afin de dénoncer des conditions de travail jugées indignes. À l’hôpital pédiatrique de Clocheville, en Indre-et-Loire, les organisations syndicales ont organisé un débrayage pour alerter sur les conditions de travail des personnels et la prise en charge des patients. 

Ces mobilisations font écho aux nombreux témoignages publiés dans la lettre ouverte adressée par la Fédération CGT de la Santé et de l’Action sociale au Premier ministre. Elle décrit des chambres dépassant les 35 °C, des personnels épuisés, des services d’urgences sous tension et des patients directement exposés aux conséquences des fortes chaleurs. 

Pour la CGT, ces épisodes révèlent les effets du sous-investissement chronique dans l’hôpital public et rendent indispensable un plan d’urgence doté de moyens humains et matériels.

Dans les transports, les fortes chaleurs mettent à l’épreuve les salarié·es comme les usager·es. 

En Auvergne, les cheminots, après avoir relevé plus de 40eC dans des cabines de conduite, ont appelé à la grève. Pour la fédération CGT des cheminots, les travailleur·ses ne peuvent assurer le service public au détriment de leur santé. Nationalement, elle a demandé une concertation immédiate avec la direction de la SNCF afin d’obtenir des mesures de protection adaptées à tous les métiers : équipements, tenues, pauses allongées, locaux de coupure et organisation du travail tenant compte des températures extrêmes. ( lire ici)

Dans les transports urbains, les alertes se multiplient également. À la RATP, les syndicats CGT réclament des espaces de travail rafraîchis, des tenues adaptées, davantage de pauses et un renouvellement des matériels les plus exposés à la chaleur. Les témoignages de conducteurs de bus décrivent des conditions de conduite éprouvantes malgré les adaptations d’horaires. À Paris, un conducteur a même été victime d’un malaise lié aux fortes chaleurs avant de perdre le contrôle de son véhicule, relançant le débat sur les conditions de travail des personnels et les conséquences de la canicule sur la sécurité des usager·es.

Protéger les agent·es de la fonction publique et garantir le service public

La CGT Fonction publique a également interpellé la ministre de l’Action et des Comptes publics pour un véritable plan d’adaptation des services publics aux fortes chaleurs. Elle réclame des mesures immédiates – aménagement des horaires, locaux adaptés, suspension des activités à risque, équipements de protection – ainsi qu’une politique de prévention durable, estimant que les canicules sont désormais un risque professionnel auquel l’État employeur doit répondre. 

Adapter le travail au changement climatique

Ces mobilisations, dans des secteurs très différents, traduisent une même réalité : le changement climatique transforme durablement les conditions de travail.

Pour la CGT, il ne suffit plus de diffuser quelques recommandations lors des vagues de chaleur. 

La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, appelle à franchir une nouvelle étape en inscrivant des températures maximales de travail dans le Code du travail et en imposant l’arrêt des travaux en extérieur les après-midi de canicule. ( voir l’interview ici)

Au-delà de ces mesures, la CGT estime qu’il est désormais indispensable d’adapter le droit du travail aux conséquences du réchauffement climatique. Les employeurs doivent anticiper le risque chaleur en adaptant l’organisation du travail, en investissant dans les équipements, en revoyant les cadences lorsque cela est nécessaire et en reconnaissant pleinement les fortes chaleurs comme un risque professionnel.

La santé des travailleuses et des travailleurs ne peut jamais être la variable d’ajustement de l’activité économique.