« On est en train de faire crever les gens, patients comme hospitaliers. »
Le témoignage est brutal. Mais il résume à lui seul les dizaines d’alertes remontées ces derniers jours par les équipes syndicales dans les hôpitaux.
« Dans les chambres de certains services, il faisait déjà 32 °C à 10 heures du matin. C’est de la maltraitance institutionnelle. Rien n’a été anticipé depuis 2003. »
Vingt-trois ans après la canicule qui avait provoqué près de 15 000 décès en France, la CGT estime que les établissements de santé restent largement inadaptés aux épisodes de fortes chaleurs qui se multiplient.
Des services transformés en fournaises
Les témoignages recueillis par la fédération décrivent des températures incompatibles avec l’activité de soins. Dans un établissement : « Il n’y a plus de pains de glace aux urgences avec des patients en hyperthermie et il fait 40 °C dans les locaux. » Ailleurs : « 35 °C à 11h du matin dans un service de soins. Les patients ne sont pas bien du tout, la protection civile est venue aider à rafraîchir les patients. »
Dans un service d’hospitalisation des nourrissons : « 35 °C dans le service. Pas de climatisation, pas de ventilation, moteur en panne. » Les difficultés touchent aussi les secteurs logistiques. « Dans les offices, les systèmes de chauffage des plateaux-repas menacent de lâcher au-delà de 36 °C. Avant même que les moteurs soient activés, il y fait déjà 35 °C. »
Sur les réseaux sociaux, les personnels de l’hospitalisation à domicile font eux aussi état de conditions de travail dégradées. Dans une publication du 24 juin, la CGT, photos à l’appui, interpelle les directions : « Les conditions de travail pendant la canicule, c’est ça pour les personnels de l’Hospitalisation à Domicile. La direction doit trouver des solutions ! »
Quand la chaleur met les patients en danger
Pour les personnels, la question ne relève plus du simple inconfort. Dans plusieurs établissements, les patients les plus fragiles subissent directement les conséquences des fortes températures : augmentation des admissions pour hyperthermie, aggravation des pathologies chroniques, reports d’interventions, chambres surchauffées, …
Les témoignages recueillis par la CGT rejoignent les constats relayés par les médias.
« Certaines chambres atteignent 36 °C ; les patients décompensent de leur pathologie, entraînant une surmortalité anormale : 4 décès en 4 jours. » Les tensions se retrouvent également dans les services psychiatriques.
« Très importantes difficultés d’hospitalisation des patients en psychiatrie qui restent sur des brancards collés les uns aux autres. Certains patients psy hurlent toute la journée. Je me suis retrouvé à faire une annonce de leucémie à un patient au milieu de tout ce bordel. »
La conservation des médicaments est elle aussi mise en cause. « Dans plusieurs hôpitaux, les températures excèdent les limites qui permettent une parfaite conservation. Les substances actives se trouvent dénaturées et moins, voire pas efficaces. » Même constat dans certains véhicules du SAMU : « Dans les véhicules du SAMU et certaines ambulances de CHU, la température dépasse les 50 °C. »
Des soins perturbés et des équipes épuisées
La canicule désorganise fortement le fonctionnement des établissements déjà fragiles. La CGT rapporte des reports d’interventions chirurgicales, des fermetures de salles opératoires et des plans blancs déclenchés en urgence.
« Entre hier et aujourd’hui, annulation d’interventions programmées dans un hôpital ; il ne reste plus qu’une seule salle de bloc opérationnelle, faute de température adéquate. »
Dans le même temps, les équipes doivent faire face à une hausse importante de l’activité.
« Nous avons plusieurs chiffres alarmants sur les pourcentages d’appels au centre 15 : +33 %, +100 %, +28 % ou encore +200 %, sans renfort de personnel. »
Les personnels dénoncent également des pressions pour compenser le manque d’effectifs :
« Semaines de travail allant bien au-delà du droit du travail (60 heures hebdomadaires, voire plus), suppression des repos, chantage aux congés annuels. »
Les soignants contraints de bricoler
Faute d’investissements, les équipes improvisent : On ouvre les offices pour créer des courants d’air, on installe des climatiseurs en urgence, on demande l’intervention de la Protection civile pour rafraîchir les patients, ou encore les personnels achètent eux-mêmes du matériel et installent des couvertures de survie aux fenêtres.
Le « système D » devient la règle alors qu’il devrait rester l’exception.
Dans sa lettre au premier ministre, la CGT partage un exemple : « Un service parvient à se maintenir à 24 °C grâce à l’investissement du personnel, qui a lui-même nettoyé la climatisation, acheté une climatisation complémentaire (800 euros de leur poche), installé des couvertures de survie et des draps humides aux fenêtres. »
Les établissements « comptent sur le système D » pour compenser un sous-investissement immobilier chronique résume le quotidien des médecins dans un article publié sur leur site internet le 24 juin.
Des mesures d’urgence pour protéger immédiatement les personnels et les patients
Pour la cgt action sociale, l’heure n’est pas aux annonces, mais aux actes.
« Nous sommes le 25 juin 2026, juillet et août arrivent. Que faites-vous tout de suite pour empêcher les morts évitables ? Il faut que le gouvernement débloque des moyens en urgence ! »
Pour la CGT, la priorité est de mettre fin aux situations de danger constatées dans les établissements. Elle demande au gouvernement d’appliquer sans délai le décret du 27 mai 2025 sur la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur et de débloquer des moyens exceptionnels.
Parmi les mesures réclamées figurent notamment :
- des équipements de protection (climatiseurs, ventilateurs, brumisateurs, fontaines à eau réfrigérées…) ;
- le renforcement immédiat des effectifs ;
- la mobilisation des instances santé, sécurité et conditions de travail ;
- un suivi médical renforcé des personnels ;
- la reconnaissance des atteintes liées à la chaleur comme accidents du travail.
« L’activité dans le secteur sanitaire, social et médico-social est particulière à bien des égards. Elle ne peut pas être arrêtée. Pour autant, tous les moyens doivent être mis en œuvre pour assurer aux personnels une réduction des risques liés à la chaleur (…), mesures qui ne peuvent être efficaces que par un renforcement des effectifs. »
Au-delà de l’urgence : adapter durablement l’hôpital au changement climatique
Pour la CGT, répondre à chaque épisode de canicule dans l’urgence ne suffira plus. Les fortes chaleurs deviennent une réalité durable qui impose de repenser l’hôpital et les conditions de travail.
La fédération demande notamment un vaste plan d’investissement pour rénover les établissements, renforcer les équipes, rouvrir des lits, moderniser les bâtiments, développer la prévention et intégrer pleinement les enjeux climatiques dans les politiques de santé.
« Les enjeux environnementaux sont indissociables des questions sociales et inversement. »
Aussi, la cgt santé action sociale appelle également à sortir d’une logique de gestion de crise permanente pour engager une véritable politique publique d’anticipation . Pour elle « la logique capitaliste motivée par la recherche de profit immédiat conduit (…) à une réelle mise en danger des salariés et de la population par manque d’anticipation. »
Pour la CGT, protéger les personnels et les patients face aux fortes chaleurs suppose donc de reconstruire un service public de santé capable de répondre aux défis du changement climatique, avec des moyens humains, matériels et financiers à la hauteur des besoins.
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